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May 11

en visage une vie (#400)

Au détour d'une journée ensoleillée, où tout semble rire, à commencer par les couleurs chatoyantes dans les rayons du soleil, on peut être saisi, profondément, par un coup d'oeil, ou une citation lâchée, là, négligemment. Elle se glisse à l'intérieur, comme au travers du cillement soyeux d'une paupière papillonnant au soleil...

Je pense notamment à une interview de Jean Clair, un matin sur France Inter. Il parlait de "l'unité profonde de l'art du XXe siècle, qui contrairement à ce que l'on croit, n'est pas finalement l'art de l'abstraction mais l'art du portrait. [Il] ne croi[t] pas qu'il y ait eu un siècle dans l'histoire de la peinture qui ait été aussi obsédé par le portrait  que le XXe s, mais de façon tragique."

Je ne peux que résonner à cette analyse, tant en photographie je veux me situer dans cette quête, dans la volonté d'attraper, d'un cliché, toute une personnalité qui passe par le visage, le portrait. Je ne saurais dire combien de photos j'ai prises dans cet esprit. Presque toujours, ces "noir et blanc" sont saisis à l'insu des sujets, et il arrive souvent que ces derniers ne les aiment pas. En effet, quelque chose y paraît de la personnalité, de la beauté de ces sujets mais pas le visage composé offert aux objectifs le plus souvent... (je serais le premier à ne pas avoir l'humilité d'accepter un tel regard!)

Néanmoins, il est tout de même frappant que ce même Jean Clair, qui insiste tant pour souligner la place du portrait dans l'art contemporain, ait écrit un livre dont le titre est autoportrait au visage absent, avec une couverture si expressive. Car finalement, plus que la présence du visage, c'est sa disparition qui me frappe le plus souvent... 

Absence de visage des foules et des panels, sondages et majorités, manifestations, figures emblématiques, incarnations de discours, où comme le dit Laurent Graff, dans il ne vous reste qu'une photo à prendre, (ed le Dilettante) «C’était comme si la réalité était ici théorique, constituée d’échantillons représentatifs, de signifiants génériques», qui ne se distinguent que par leur capacité à représenter un "tout le monde" vide de personnalité;

absence de visage de la mine travaillée du communicant politique, qui se compose un personnage pour faire passer son idée, renvoyant comme un reflet les émotions contrôlées de l'homme tronc du 20 heures qui fait jouer les muscles faciaux au gré des informations qu'il déverse;

visage vide du "on dit", où le "on" se drape d'un visage tout aussi anonyme et insipide que l'idée qu'il sert

visage qui se détourne quand l'émotion le submerge, quand la honte empourpre, visage qui s'enfouit dans l'épaule quand la souffrance est trop forte, quand les pleurs l'inondent, quand la fusion le tente,

visage voilé... par les opérations qui gomment les rides, qui le laissent éternellement jeune, ou inexpressif, grimé, masqué sous l'apparat d'une jeunesse qui se désire d'autant plus qu'elle disparaît.

visage composé de componction du priant à l'air pénétré qui tend ses traits pour mieux laisser comprendre ce qui se passerait à l'intérieur,

visage abaissé de l'homme humilié, qui n'ose plus regarder

visage déformé de l'homme agressé, dont la haine explose les traits

visage emmuré de l'adolescent complexé, qui se cache derrière une mèche prudente,

visages absents, hommes et femmes sans visages...

et pourtant... « La beauté du visage est un frêle ornement » disait Molière, et Picasso de s'interroger « Faut-il peindre ce qu'il y a sur un visage ? Ce qu'il y a dans un visage ? Ou ce qui se cache derrière un visage ? » car « La grande aventure, c'est de voir surgir quelque chose d'inconnu, chaque jour, dans le même visage. C'est plus grand que tous les voyages autour du monde.» (Giacometti)

Aujourd'hui, pendant qu'ils chantaient pour leur profession de foi, j'ai vu des visages qui se sont ouverts, laissant briller quelque chose de l'intérieur... et je me mets à espérer qu'aucun de ces jeunes ne perdra dans la vie qu'il construit le visage que, dans la joie, il nous ont révélé.

May 10

petits bouts déchirés de bonheur...

 

On a des papiers plein la tête et les poches
Des papiers dorés, des chiffons plus moches
Des papiers tout gris, buvards où s'accroche
Un peu de nos vies quand nos vies ricochent
Des papiers de soie qu'ont la bonne odeur
Et des papiers gras qui nous collent au coeur
Parc'que l'écriture d'un amour ancien
Ca fait des piqûres pour la Saint-Glinglin

On a des papiers plein la tête et les poches
Des poissons d'avril d'quand on était mioches
Des bouts d'évangile qu'on creuse à la pioche
Des papiers froissés, des brouillons fantoches
Des brouillons de rêve à ras la corbeille
Et des rêves qui crèvent sans voir le soleil
Parfois du soleil dans un gribouillis
Quand on s'est saoûlé pour du paradis

On a des papiers plein la tête et les poches
Mais c'est plein de trous et dans nos caboches
Y a un gros caillou, c'est le temps qui cloche
A cloche-papier sur ses doubles-croches
Des mots comme un peu de vent sur le givre
Papiers recyclés puisqu'il faut bien vivre
Des feuilles volantes, un homme, une femme
On a des papiers qui nous creusent l'âme

Ce qu'on fait de nos vies
De petit à petit en petit à petit
Ce qu'on fait de nos vies
Petit à petit
C'est des confettis

Drôle de Sire - confettis.

parce que sur un blog, on dépose des petits mots sur des billets
mots de chaque jour, pas toujours reliés à ceux de la veille
mais confettis de joie, confettis de vie,
qu'on ne comprend pas, posés par terre
mais dansant entre les rayons de soleil, virevoltant.
Ecrire des bouts de vie, non pour la dire,
mais pour la fêter, dans sa munificence dans le temps qui passe

May 09

une promesse électorale tenue qui fait du bien!

7 euros 32 les 5 litres de bière, merci de prendre soin de mon pouvoir d'achat, c'est nécessaire pour la cuite à pas cher. Je me sens mieux.

May 08

tique, éthique, poétique

Face aux incertitudes du monde contemporain,

“la seule issue possible est de vivre poétiquement.”

“Vivre poétiquement, c’est voir de la beauté où le regard convenu n’en voit pas.”

Edgar Morin cité ce matin sur France Inter par Eric Reinhardt, l'auteur de Cendrillon, en lice pour le prix Inter 2008.

sans métrique, ni poétique, sans art et sans manière, je veux choisir de vivre poétiquement, pour discerner dans la simplicité du quotidien, qu'il me heurte ou me ravisse, un sourire celé, une épiphanie de beauté.

May 07

y a pas de sot métier

parce que les américains mettent des bips dans leurs films
parce que les français ont enlevé la cigarette de Lucky Luke,
parce qu'Eliette met des astérisques à la place des adjectifs
certains mots, bien sentis, bien sortis, bien placés, font un régime
et de gros, ils deviennent bons...
(attention, âmes sensibles,
texte avec des gros mots dedans! passez votre chemin)

"Ils arpentaient les rues et campaient sur les places
Chargés d'objets obscurs, de graines ou bien de vent
Proposant tout ou rien et de bien peu vivant
Leurs grands cris appâtant la vaine populace

Ils arpentaient les rues et campaient sur les places
Oh, combien je regrette leurs voix et leurs musiques
Leurs mains escamotant les piécettes d'argent
Pour service rendu à quelque bonne gens
Et leur air de se foutre de la chose publique
Oh, combien je regrette leurs voix et leurs musiques !

Que sont donc devenus
La remmailleuse de bas
Le crieur de journaux
Et la loueuse de chaises ?
Où donc se sont perdus
La cardeuse de matelas
L'aiguiseur de couteaux
Et le sucreur de fraises ?
Qui donc les a revus
Le vendeur de mouron
La porteuse de pain
Et le montreur de vues ?
Ils ont bien disparu
Le grilleur de marrons
L'écorcheur de lapins
Et le chanteur des rues

On n'achetait pas que terrestres nourritures
Autrefois dans nos rues, on y trouvait aussi
Des colporteurs d'histoires et des marchands d'oubli
Et il y avait du rêve plein les petites voitures
On n'achetait pas que terrestres nourritures

Que sont donc devenus
La faiseuse d'embarras
L'accordeur de violons
Et la teneuse de jambe ?
Où donc se sont perdus
La liseuse de draps
L'ensommeilleur de plomb
Et le violeur de gambe ?
Qui donc les a revus
L'écriveur de tartines
L'avorteuse de choux
Et le fouteur de guignon ?
Ils ont bien disparu
Le lécheur de vitrines
La bourreuse de mou
Et l'encaisseur de gnons

Certains étaient tenus à l'écart de la foule
Exerçant un négoce un peu plus inquiétant
Facteurs de basses œuvres et vendeurs d'orviétans
Artisans du frisson, experts en chair-de-poule
Certains étaient tenus à l'écart de la foule

Que sont donc devenus
La toucheuse de bœufs
L'enjoliveur d'obus
Et le pinceur de louches ?
Où donc se sont perdus
Le dénoueur de nœuds
La torcheuse de culs
Et l'enculeur de mouches ?
Qui donc les a revus
Le dépendeur d'andouilles
La mangeuse de santé
Et l'étouffeur de vents ?
Ils ont bien disparu
La gonfleuse de couilles
Le démorveur de nez
Et l'étrilleuse de glands
La tripoteuse d'acné
Le faiseur d'mauvais sang
La fileuse de diarrhée
- Aaaaaaaaah !
Et l'équarrisseur d'enfants

Paroles: Pierre Philippe. Musique: Juliette Noureddine 1993 "Irrésistible" © Le Rideau Bouge

images: http://www.plonkreplonk.ch/

May 06

avec M, et V...

parmi les joies des prêtres,
il y a ces moments, précieux entre tous,
où il nous est donné d'écouter
une histoire en devenir, une histoire racontée,
dans un accompagnement, simple, régulier...

pas de curiosité malsaine, ni de questions indiscrètes,
mais simplement laisser la parole surgir et se poser
se développer, et mettre en mots la vie
spirituelle, certes, mais toute entière aussi
car dans ses harmoniques, Dieu se dit

je ne suis pas un psy, ni un spécialiste de la vie,
mais un  prédécesseur qui écoute,
et renvoie, comme un écho, comme une réverbération
les sonorités qui traversent le discours,
pour donner à entendre ce qui passe dans le récit
et à deux, éclairer un chemin
passé,
à venir,
et vivre au présent,
accompagné.

ce soir, l'accompagnement se vivait au soleil,
simplement posés dans l'herbe,
les mots couraient plus vite que les rayons,
et réchauffés par les photons,
ils dansaient la vie qu'ils racontaient.

May 05

lutin de bord d'Elle, de mers (2)

puisque ce blog a l'habitude de la mesure et du raisonnable,
puisqu'on y modère les propos, et y rit des ennuis,
puisqu'on y aère les cerveaux, sans éventer les secrets,
puisqu'on y goûte les vins fins sans se laisser enivrer,
puisque les photos entrent toujours dans le cadre

ce soir, démesurons, exagérons, éventons, enivrons, décadrons
déconnons, sans rire.
fi de la mesure. Voilà du Grand format.
Et si ça continue comme ça, je vais m'offrir le billet d'avion pour la reprendre en plus petit.

May 04

erre, ô fragile

Le Parisien que je fus durant quelques laborieuses années d'études (par trop dilettantes sans doute) ne prend guère le loisir de retourner dans la capitale pour y honorer ses amitiés, retrouver ses lieux aimés, et vaquer en expositions et actualités culturelles en tous genres. Non que je dédaigne les films en VO réservés aux salles parisiennes, mais les occasions de se balader "là-bas" se font très rares. La dernière occasion fut l'ordination de l'excellent Romain à l'automne dernier. Aussi, ai-je boudé sans le faire exprès cette expo sur la BD de Superman au chat du Rabbin, évolution surprenante du super héros dans le 9e art, juif en l'occurrence.

En matière de héros, le chat du Rabbin (dont le premier tome est succulent) se pose là. Félin bavard, ami d'un rabbin en quête, on ne reconnaît pas dans le mistigri qui veut faire sa Bar Mitsvah tous les attributs des super héros des Marvel, ou de Super Dupont de Gotlieb.

En parlant de héros, les prêtres sont souvent revêtus par "les gens" de leur cape (à défaut du slip rouge sur le collant bleu), héros d'un cheminement qui semble difficile, fait d'abstinence, de renonciation (titre d'un article de PQR pour une ordination), de vie de manque, de pauvreté, de vide... dans une Eglise qui manque aux yeux de la société d'être florissante. Il suffit de voir les circonvolutions maladroites des hommes troncs du JT quand ils parlent des apparitions provençales reconnues... Super héraut de Dieu, fondant sa vie sur ce qui est une question pour beaucoup, soupçonné de candeur au mieux, de perversité au pire. Mais cette cape ridicule du super héros ne saurait lui seoir...

Aucun masochisme chez ces prêtres que je connais, ni un besoin malsain de s'engager dans une structure finissante, ni un attrait morbide pour les statistiques en chute, ni l'obligation de tout tenir, d'être fidèle à la rigueur d'une administration ultramontaine inhumaine. Non, ces prêtres sont des hommes de l'expérience, qui l'ont laissée entrer au coeur de leur vie, avec un vrai besoin, de la partager. Ils sont capables de garder une solitude parce qu'ils sont pris par cet appel à aimer tous ceux qui leur sont confiés, et que cela ne saurait se faire en demi mesure. Ce n'est pas simple, mais ce n'est pas un parcours de héros, c'est un chemin d'amoureux.

Leur distance leur donne l'autorité de la parole qui se pose simplement. Leur distance les autorise à regarder en aimant. Leurs études et leur mission donne du poids à leurs mots, même s'ils ont besoin d'apprendre de leurs contemporains comment se dit/vit la justesse. Et leur distance leur donne le goût de la relation.

Mais parfois, le superhéros supputé porte de plus en plus la cape dont on le revêt insidieusement, et elle lui pèse, grave,  sur les épaules. Il porte un moment l'aura de la perfection, de ces grands beaux et forts, jeunes dynamiques, qui sont tellement ...

et ce poids ferait même chuter. Le prêtre héroïfié est même plus fragile. Parce qu'il se perd.

parfois, un ami chancelle dans l'escalier, et vous savez qu'il faut être à l'équilibre, pour rire, et danser.

Alors, remisant la cape dont on nous orne, on regarde paisiblement le monde tel qu'il est... et peu à peu, naissent les projets.

www.davidsire.com

"Si vous aimez flâner, déambuler, vagabonder, rêvasser
Marcher
Chantonner des bidules non identifiés
Vous asseoir sur les talus
Si vous préférez la bicyclette au TGV
Si vous aimez l’horizon que l’on n’attrape jamais
Les mirages
Les terrains vagues
Les rêves dont on ne se souvient pas mais qui laissent un bon parfum dans la tête
Si vous êtes tour à tour et sans comprendre :
Peur et pas-peur
Vide et plein
Noir et blanc
Si vous sautez à pieds joints dans les marges pour éclabousser les râleurs qui râlent
Si le temps vous taraude
Si la vie vous émeraude
Et bien moi aussi
Bienvenue ici…"

ces mots je les ai empruntés sur le site de David Sire (clic), aux chansons sympathiques, et à la douce poésie... tous ceux qui y ont touché peuvent en témoigner... Allez, encore quelques mots de lui!

"Ça fait dix ans que ça dure
Dix ans à piocher, s’accrocher, bambocher, ricocher
Bidouiller, gribouiller, mais pas rouiller
Dix ans à chercher, se demander, s’inquiéter, se rassurer
Y’a eu des concerts - un bon paquet-
Des gros, des petits, des qui collent, des qui décollent
Y’a eu des voyages, des tournées en Afrique et à Trifouillis-les-oies
Y’a eu les années Drôle de Sire
Y’a eu deux albums : Pourquoi pas toi ? et Onomatopées
Y’en a un nouveau en préparation
Y’en a encore un autre, il est pour les enfants, mais pas que
Y’a le mot troubadour
Qui résonne comme un tambour
Y’a la scène qui me fait battre
Y’a le mot saltimbanque
Pour égayer les banques et les tanks
Y’a les bidules :
Des chansons, des poèmes
Des trucs on sait pas trop ce que c’est
Y’a une tournée à bicyclette
Entre Paris et Sète
Pour aller saluer un dont on se sent proche
Ça fait dix ans que ça dure
Ce n’est pas prêt de s’arrêter"

May 03

pingin pulang


dorong piles angkat taruh
delapan satu dua tiga empat lima enam tujuh delapan...

par deux fois, ces derniers temps, je me suis retrouvé plongé,
immergé en moins de temps qu'il n'en faut à Spok pour se téléporter,
dans les grâces du cours de danse de Gaji, Dalung,
aux côtés d'Agung Adi, de ses cours précieux,
des enfants aux gestes si précis, mesurés, ajustés,
aux seledet merveilleux, à la grâce incarnée.

Tant de beauté dans ces danses, musiques, gestes à l'harmonie, à la complexité stupéfiante...
le corps se remet à bouger, les pak dug ge dut des kendang vibrent dans les doigts et sous les cils.
la beauté s'apprend en la cotoyant...
en la prenant dans sa chair.
on ne peut apprendre si on ne se laisse toucher.

Teruna Jaya, Baris Tunggal, Oleg Tamulilingan, Topeng keras, Jauk, Kebyar Duduk, Legong Keraton, et même pendet...


cherchez l'erreur


laisser défiler les souvenirs, plus beaux les uns que les autres...


mais rester à la porte.

May 02

sapotilles et quadrilles

On invente parfois des diminutifs, petits mots affectueux et hypocoristiques qui sont comme des caresses syntaxiques… on pourrait presque envier les « -ito » espagnol ou « -chen » allemand. Mais le français a lui aussi ses petites grâces, par exemple tous ces substantifs qui se terminent en -ille… Comme je m’émerveillais des vétilles et autres peccadilles au hasard de mes lectures, je me suis baladé dans mon dictionnaire pour une charmante recherche et ça se déguste, non ?

Alchémille, apostille, arille, aspergille, banderille, barbille, bastille, bisbille, broutille, bulbille, camomille, canetille, cédille, charmille, chenille, cheville, cochenille, coronille, drille, écoutille, épontille, escadrille, escarbille, espadrille, estampille, étoupille, étrille, faucille, fibrille, flottille, gerbille, godille, gorille, goupille, grémille, grenadille, guenille, mancenille, manille, mantille, maxille, morille, myrtille, nille, pacotille, pampille, papille, pastille, peccadille, potentille, pupille, quadrille, ramille, résille, sapotille, séguedille, sigillé, smille, souquenille, spirille, spongille, tille, tormentille, torpille, tortille, tourdille, trille, vanille, vérétille, vermille, vétille, vrille, zorille

May 01

internet addicted

les 36 personnes qui attendent ma réponse à leur mail apprécieront. 

April 30

parce que c'est pas l'homélie la plus facile de l'année

Il monte au ciel, bon. D'accord. Mais comment? voilà l'inextricable dilemme du prédicateur qui parle de l'ascension... Et les sandales? Il a pris ses sandales?

J'emprunte cet aphorisme à un illustre disparu il y a deux décades, qui avait le talent admirable de bien écrire tout ce qu'il voulait, à commencer par le plus inattendu.

et parce que vous ne l'entendrez pas demain en homélie...

"L’Ascension : Tout Jésus plongé dans la prière reçoit une poussée de bas en haut qui le renvoie chez son papa. C’est le théorème de l’ascenseur."

Chroniques de la haine ordinaire :Jours de fête (inédit). Pierre Desproges

April 29

luxe à profusion, act II

ciel fermé, horizon bouché, agenda blindé, de pluie douché

Si par une matinée menaçante, le corps réticent, vous quittez une heure et demie de réunion de catéchèse scolaire après être passé dans quelques secrétariats, gérant des sous qui ne sont pas à vous. Si vous prenez votre voiture, à 1,34€ le litre de gasoil, et que pour les 30 prochains kilomètres, vous suivez péniblement un camion poussif et large, qui ne se laissera sûrement pas doubler, alors même que vous ne seriez pas loin d'être en retard, à une litote près, le chemin se fait lancinant.

ciel fermé, horizon bouché, agenda blindé, de pluie douché

Le camion ralentit. "C'est pas gagné." Et dans les bourrasques s'envole d'entre les roues du transporteur ami non pas le nuage de lisier attendu mais une averse de pétales de fleurs.

vive les cerisiers du japon, à la floraison abondante.

Encore du luxe gratuit...

la tempête florale coûte peu,
pose dans le routinier de la couleur
sauf si, parti en poésie heureux
le conducteur oublie le compteur.

April 28

bling bling du bocage normand

Puisque le carême est fini depuis longtemps, on est en droit d'être tenté de mettre fin aux abstinences en tous genres, efforts alimentaires et goûts prononcés pour la pauvreté volontaire. Les teints hâves et les profils cachectiques ne sont plus de mode. Il est donc temps, en goûtant aux plaisirs de la vie, de se vautrer dans le luxe, le calme et la volupté.Tongue out Mais ce n'est pas si aisé. Quand bien même mes capitaux faramineux me le permettraient, il n'est pas si simple de passer à l'acte. On ne peut réellement parler de Saint-Lô comme d'une capitale internationale du luxe, et on n'y trouve, au détour des rues aucune échoppe "Mont-Blanc", Burberry, Cartier, Givenchy, Rolex, Prada, et autres accessoires bling bling. Fi, je ne dépenserai donc pas des mille et des cents en achats compulsifs.

Mais le luxe tant convoité se cherche-t-il dans les achats en kiloeuros que je n'ai pas, ou dans cette soirée, mercredi dernier,

assis dans la cour à l'arrière d'une grande bâtisse normande, au bout d'un chemin de terre, dans des fauteuils de jardin, dégustant un porto, un air doux sur la peau, avec pour tout paysage une nature généreuse où s'enfuyait, distrait, un lapin, le tout habillé du chant d'oiseaux si nombreux qu'on ne savait où donner de l'oreille... parler de Verlaine, et laisser le soleil tendre calmement vers l'horizon.

où plus prosaïquement, dans la source de tensions de tant de couples parisiens, face aux nécessités du quotidien... T'as pensé à descendre les poubelles? Pas de petit personnel pour les tâches ménagères, mais on trouve dans des coins même pas reculés de notre petite ville des lieux où même les poubelles, archétypes du quotidien qui se délite, ont leur luxe, leur charme!

ah ces fleurs, on n'en peut plus!

April 27

le rire de résistance d'un obèse en puissance

" l'esprit de sérieux
est le cholestérol de l'imagination "

Jean Michel Ribes (France Inter 8h40)

évitons donc les problèmes de coeur,
toujours, rions

April 26

contrition d'un bavard

  Raréfaction des mots, délaissement de la parole, musellement de l'abondance, esquisse du vide, le silence naît de la continence des lèvres. Se taire pour Etre. Se taire pour creuser la distance, goûter l'Esprit qui vient au secours de notre faiblesse, L'Esprit qui gémit en nous avec des cris ineffables, est un exercice de vie et non de mort, où la déprise du monde est retour à l'origine.

L'ascèse des lèvres nous est la plus étrangère, car nous parlons comme nous respirons, avec la même aisance que les oiseaux qui volent dans le vent. Nous parlons pour nous imposer, pour durer et flétrir le dénuement de la mort qui nous habite. Nous parlons par goût de l'autre, babillage, parfum de curiosité et exil de soi dans le miroir de notre dignité. Faire abstinence des lèvres abat le moi complaisant et achève de nous dépouiller dans cette pure écoute de celui qui passe dans la brise légère, loin des ouragans tapageurs et que nous n'entendons avec des mots humains. Lorsque le remous des pensées s'apaise et que s'estompe le bruissement de l'imagination, comme les ombres portées du monde dans l'avènement du soir, quelque chose, en effet, se produit, qui n'est pas la cessation de la vie ni le dépérissement de la joie, mais l'amplitude de l'Autre, la résurgence de Dieu en nous, ce vertige des lèvres désormais closes sur le bien du coeur enveloppé de son Dieu. (pp. 34-35)

Voici que notre miroir est le Seigneur,
Ouvrez les yeux, et regardez-les en lui,
Et apprenez comment sont nos visages

(Ode XIII de Salomon) (p. 69)

Nathalie Nabert, Le Maître intérieur, Ad Solem

April 25

retour au quotidien...

The most connu personnage des années caté est un nain célèbre, peu aimé, et à la moralité quelque peu dissolue. Un publicain, rrrclpfft, de la race des collecteurs d'impôts qui se payaient grassement sur les prélèvements exorbitants, alimentant un poujadisme de la première heure qu'on retrouve bien ces jours ci quand pleuvent dans les boîtes les déclarations. Les esprits chagrins peuvent le regretter, mais c'est indubitable, il a été touché, c'est un converti grandiose, qui a fait une expérience, l'expérience de sa vie, de celles qui vous jettent sur les chemins, qui vous permettent l'incroyable, l'impossible, dans une folie qui le replongeait dans un coeur à nouveau aimable. Converti, il avait choisi de donner. Beaucoup. Tout.

trop?

et le lendemain? se demande Maurice Bellet. 

"Oh, sais-tu ce qui m'est arrivé, après que tu es venu dîner chez moi? J'étais fou de joie, j'étais hors de sens, je t'ai dit - et publiquement - que j'allais donner la moitié de mes biens aux pauvres et que je rembourserai au quadruple tous ceux à qui j'avais fait tort. Ce sont de ces choses qu'on dit dans l'enthousiasme. Après, il a bien fallu faire mes comptes. Et j'ai vu le moment où, quand j'aurai tenu mes belles promesses, non seulement je n'aurai plus rien, mais je serai écrasé sous les dettes! Le croirais-tu, Maître? ça m'a donné comme un coup de fouet, ça m'a rendu inventif! J'ai repris contact avec de vieilles connaissances d'Alexandrie, j'ai joué sur le blé, un coup terrible,un risque insensé, et j'ai gagné, j'ai fait de l'argent, j'ai fait de l'argent, tu ne peux pas savoir! Je suis riche comme je n'aurais jamais cru pouvoir l'être. Bon. Je n'ose même pas t'en remercier. Avec tout ce que tu dis de l'argent, tu pourrais prendre ça en mauvais part."

Et tout au long d'un bouquin intrigant, Maurice Bellet reste aux côtés de ce converti qui regarde Jésus depuis son village. Un péquin qui l'aime bien, mais se sent trop petit pour le suivre. Alors sûr de son bon droit, et de son intuition, et de son bon sens, il lui parle et lui conseille tout ce que nous serions tentés de lui dire, nous qui avons été touchés, mais qui essayons de vivre cela au quotidien!

April 24

happy few

N'en déplaise aux tenants d'un égalitarisme à tout crin, forçant inlassablement (mais vainement) les murailles d'inexpugnables bastions de l'élitisme et des convents d'inititiés, certains cercles, certaines tables ne sont pas accessibles au tout venant, mais à un gratin trié sur le volet, qui au prix de sacrifices personnels drastiques, sans pot-de-vin, arrangement, ou piston possibles, a acquis douloureusement le droit d'y siéger. Les plus obscures loges en font partie, ainsi que les associations d'anciens combattants, Rotary Clubs, amicale des anciens coopérants du Seminari Roh Kudus de Tuka, et bien sûr la table partagée du samedi midi au presbytère Notre Dame de Saint-Lô.

Car la vie sacerdotale saint-loise a ses codes, et ses conciliabules, éminemment presbytéraux et donc masculins, chaque samedi. Ils ne sont pas sans faire penser aux chapelles et réfectoires de séminaire, certes ouvertes à la gent féminine mais où la demoiselle invitée, au milieu de cette salle très majoritairement masculine, ressentait souvent, même virago, de grands moments de solitude. A Saint-Lô, chaque samedi, une petite douzaine de convives s'attablent pour un moment savamment orchestré.

Bien sûr, à une époque, la table était régie par un ancien nonce apostolique, qui récrivait l'histoire de Saint-Lô à coup d'anecdotes à morphologie variable. A dire vrai, il s'agissait plutôt d'un soliloque que lui disputait un autre prêtre, friand aussi de ses récits à répétition. Et chacun y allait de son histoire quand un mot lâché au hasard lui en fournissait le prétexte. Mais le nonce n'est plus. Les soliloques non plus.

On y rivalise dorénavant d'à propos, de taquineries, voire d'un soupçon de gauloiserie au gré d'une conversation pas nécessairement utilitaire mais indispensable aux relations du quotidien, dans une confiance que permet une identité partagée. A cette table désormais siègent un aumônier éternel d'hôpital, un des rares CRIC encore utilisable, un recteur du sanctuaire rural en amont de la préfecture, un doyen curé archiprêtre à velléités archivistes, secrétaire émérite du conseil presbytéral, un curé militant de quartier populaire, un prêtre retiré (faute de pouvoir dire autrement, à moins de le qualifier en lien avec son bolide jadis orange, sa voiturette), deux prêtres auxiliaires du curé, l'un et l'autre anciens curés du Sud Manche, l'un charismatosceptique, et l'autre senestromilitant. Pour compléter le tableau, ajoutez deux "jeunes" et vous aurez le tout.

Hélas, ô grand hélas, quand bien même je vous la décrirais par le menu, vous ne pourriez participer à cette table, car si vous vous y asseyiez, elle ne serait déjà plus elle-même. On n'y refait pas l'église, mais on y apprend la joie de jouter en douceur avec des frères prêtres que l'on n'a pas choisis, mais avec qui l'on compose de bonne grâce un puzzle ecclésial, certes approximatif parfois, bigarré, et bric-broqué, fatigant, et parfois même surprenant...

Surprenant, comme quand, au détour d'une conversation, le seul téléphone portable qui n'ait pas été coupé se met à vibrer, puis à sonner. Ce n'est pas un vieux bigophone à allure de brique, mais un de ces portables suffisamment récent qui vous passe au lieu d'une mélodie midi un extrait de morceau connu. Et en entendant quelques mesures de REM, on regrette finalement qu'au séminaire on insiste tant sur l'apprentissage de l'hébreu, du latin et du grec, mais pas assez sur l'anglais... car la sonnerie de l'Abbé... c'était "Losing my religion!"

April 23

proxima du centaure

ceux que l'on ne s'est pas donnés,
sont d'une proximité asymptotique,
ils n'en sont pas pour autant les plus évidents à saisir!

même en quelques jours de vacances.